Entretien avec Siré Traoré, Cheffe d’Antenne Régionale de l’ANAFIC à Kindia
Diplômée de sociologie et passionnée par le développement communautaire, Siré Traoré assure aujourd’hui l’intérim à la tête de l’antenne régionale de l’Agence Nationale de Financement des Collectivités Locales (ANAFIC) à Kindia. Forte d’un parcours professionnel riche de plus de deux décennies dans l’accompagnement des collectivités locales, elle revient ici sur son engagement, ses missions et les enjeux actuels du développement local dans la région de Kindia.
ANAFIC : Vous étiez agent de développement local. Pouvez-vous revenir sur votre parcours professionnel ?
Siré Traoré : Après mes études universitaires, j’ai intégré en 2002 le Projet d’Appui aux Communautés Villageoises (PACV1) en tant que membre de l’Équipe Mobile Pluridisciplinaire (EMP) basée à Bissikrima. J’ai ensuite évolué au poste d’Agent de Développement Communautaire (ADC), puis d’Agent de Développement Local (ADL), avec des missions successives dans les communes de Dabola, Dinguiraye et Kindia.
Le développement communautaire a toujours été une passion chevillée au corps. Sous le PACV2, j’ai exercé comme ADL à Sikhourou (Forécariah), puis à Molota, Damakania et Bangouya (Kindia), ainsi qu’à Allassoyah (Forécariah). Avec le PACV3, j’ai poursuivi mon engagement à Damakania, Friguiagbé et Bangouya jusqu’en 2019.
Lorsque l’ANAFIC a pris le relais, la transition s’est faite naturellement. Les procédures étant restées globalement inchangées, je me suis pleinement retrouvée dans cette continuité. Accompagner et encadrer les collectivités est une vocation que j’assume avec fierté et détermination.
Au sein de l’ANAFIC, j’ai d’abord été ADL à Damakania (2019-2020), puis Agent Régional de Suivi (ARS) des dispositifs MEC (Mécanisme d’Engagement Citoyen) et SAPR (Système d’Alerte Précoce et de Réponse). Depuis janvier 2025, j’assure l’intérim de la chefferie de l’antenne régionale de l’ANAFIC à Kindia.
Quelles sont vos principales missions à la tête de l’antenne régionale de l’ANAFIC à Kindia ?
Je coordonne l’ensemble des activités de l’antenne, tout en assurant la supervision des Agents Techniques d’Encadrement Communautaires (ATEC) dans les différentes communes de la région. Je veille également au suivi de la mise en œuvre des actions menées par les ONG et les ingénieurs-conseils, partenaires essentiels à l’exécution des projets.
L’antenne régionale joue un rôle clé dans la planification et la mise en œuvre des activités communales. Nous offrons des formations ciblées sur l’élaboration des Plans de Développement Local (PDL) et des Programmes Annuels d’Investissement (PAI). Nous assurons également le suivi rigoureux de l’exécution des microprojets, du MEC et du SAPR.
À cela s’ajoutent des sessions d’échanges organisées régulièrement aux échelles régionales, préfectorale et communale. Ces espaces de dialogue facilitent une appropriation progressive des outils tels que les PDL, les PAI, les budgets ou les marchés, à chaque étape des projets.
Comment s’organise votre collaboration avec les services déconcentrés, les élus locaux et les partenaires ?
Notre démarche repose sur une synergie d’actions structurée autour de rencontres de concertation, activités de sensibilisation, et ateliers de renforcement de capacités aux niveaux préfectoral et communal. Ces dispositifs permettent la mise en œuvre des outils de développement local dans un esprit de co-construction.
L’ANAFIC, conformément à sa mission, joue un rôle d’accompagnement technique et de financement. La maîtrise d’ouvrage, elle, revient naturellement aux collectivités locales, véritables maîtresses d’œuvre de leur propre développement.
Quels sont les défis spécifiques à la région de Kindia en matière de développement local ?
Les principaux défis concernent, d’une part, la compréhension des procédures de passation des marchés publics par les différents acteurs, et d’autre part, la maîtrise des outils du MEC et du SAPR par toutes les collectivités. Il s’agit là d’un travail de longue haleine qui nécessite une implication continue et un accompagnement de proximité.
Quels retours recevez-vous de la part des collectivités ?
Nous recevons régulièrement des témoignages de reconnaissance et de remerciements sincères. Les autorités locales, tout comme les populations, saluent nos efforts et nous encouragent. Ce soutien constitue un véritable moteur pour poursuivre notre mission avec engagement et enthousiasme.
Quel regard portez-vous sur le leadership féminin dans le développement local ?
Le leadership féminin est en pleine ascension. Les initiatives portées par les femmes bénéficient d’un soutien croissant des autorités et de l’opinion publique. Avec de la volonté et du courage, les femmes peuvent exceller dans tous les domaines.
Être femme n’est nullement un handicap. C’est au contraire un privilège, une richesse à valoriser. Aujourd’hui, les femmes revendiquent à juste titre leur place dans les instances de décision, et non plus uniquement dans l’exécution.
J’encourage les jeunes filles et femmes à oser, à s’affirmer et à ne jamais renoncer, même face aux discriminations. Qu’elles considèrent les difficultés comme des leviers de croissance, qu’elles apprennent de leurs erreurs et qu’elles persévèrent. Car le bonheur et l’épanouissement se trouvent au bout de l’effort.
Quelles sont vos priorités pour les mois à venir dans la région de Kindia ?
Parmi mes axes de travail prioritaires, je cite : le renouvellement des contrats des ATEC et ingénieurs-conseils ; la finalisation des Plans de Développement Local (2025-2029) et des Programmes Annuels d’Investissement (PAI) 2024 ; le lancement des activités liées aux budgets participatifs (BP) ; l’organisation des sessions de Suivi et Évaluation Participatifs du 3e trimestre dans l’ensemble des 47 collectivités de la région.
Comment envisagez-vous le rôle futur de l’ANAFIC ?
Je souhaite voir l’ANAFIC devenir l’instrument de référence incontournable du développement local en Guinée. À terme, j’aimerais que tous les ministères sectoriels s’appuient sur l’ANAFIC pour intervenir efficacement dans les collectivités.
Elle devrait constituer la porte d’entrée unique pour les partenaires techniques et financiers, afin d’assurer l’harmonisation des actions et l’efficacité des investissements.
Quel est votre vœu pour l’avenir du développement local en Guinée ?
Je forme le vœu que toutes les interventions en matière de développement local reposent sur les procédures éprouvées de l’ANAFIC, qui garantissent à la fois cohérence, transparence et impact durable. C’est à cette condition que nous pourrons construire un développement local solide, inclusif et au service des populations.

