« l’ANAFIC joue un rôle d’accompagnement et d’appui »

ANAFIC 27 juillet 2019

« l’ANAFIC joue un rôle d’accompagnement et d’appui »

Lors des élections locales de février 2018, il était l’une des surprises du scrutin. Avec sa liste indépendante, Oumar Camara s’était en effet imposé à la commune urbaine de Faranah, coiffant ainsi le RPG-arc-en-ciel dont c’était historiquement un fief. Et depuis l’installation de son équipe, pierre après pierre, lui et les autres conseillers s’attèlent à honorer les engagements pris vis-à-vis de leurs électeurs. Profitant notamment d’un contexte plutôt favorable avec la mise en place de l’Agence nationale de financement des collectivités (ANAFIC). D’ailleurs, profitant de l’entretien exclusif qu’il a accordé à notre rédaction, le jeune maire a clarifié les rapports qui lient sa collectivité à l’ANAFIC. Cette dernière n’ayant pas pour vocation de se substituer aux collectivités, a un rôle essentiellement d’accompagnement et d’appui, nous dit Oumar Camara.

Vous êtes jeune et maire de la commune urbaine de Faranah. Est-ce contradictoire ?

Non, pas vraiment. Tel est le choix des populations de Faranah en général et des jeunes en particulier. Opposer la notion de jeunesse et la gestion d’une collectivité, cela relève de la stratégie de ceux qui dénient aux jeunes le droit d’avoir une place dans les instances de prise de décision. Par ailleurs, dans le cas de Faranah en particulier, une telle opposition ne peut exister, dans la mesure où toutes les initiatives et activités allant dans le sens du développement communautaire reposent essentiellement sur la jeunesse.

Quels sont vos atouts personnels qui auront séduit les électeurs de Faranah ?

Je dirais qu’au niveau général, c’est tout d’abord la volonté de la jeunesse de prendre ses responsabilités en ce qui concerne le développement de la commune urbaine de Faranah. De cette volonté, il a découlé un diagnostic socioéconomique qui a permis d’identifier les différents défis auxquels Faranah est confrontée. Et s’il faut parler d’atouts, le premier, c’est bien ce diagnostic dont les résultats ont constitué la trame de notre projet de société. Le fait que les populations se soient retrouvées dans notre projet société aura été notre premier atout. Le second atout résidait dans la composition de notre liste. Des huit listes qui ont compéti, nous avons eu certainement la meilleure, eu égard à la qualité de ceux qui la composaient. Du point de vue de sa composition, elle transcendait tous les clivages ethniques et prenait en compte toutes corporations socioprofessionnelles de la commune urbaine de Faranah. Le troisième et dernier atout dont je parlerais ici, c’est ma propre expérience en matière de développement communautaire. Vous savez, la jeunesse et même nos parents m’ont vu à l’œuvre, ils ont conscience de l’implication dont je fais montre par rapport aux activités liées au développement de Faranah. En raison de tous ces éléments, les gens ont estimé qu’ils pouvaient faire confiance à la liste que je conduisais.

Etre maire, c’est administrer à la fois les jeunes, les femmes et mêmes des aînés. Est-il aisé d’assumer autant de responsabilités de la part d’un jeune ?

Il est vrai que vu d’une certaine façon, tout cela peut paraître lourd en termes de responsabilités. Mais croyez-moi, il n’en est rien. D’abord, parce que c’est un engagement que nous avons pris vis-à-vis de ces mêmes populations. Ensuite, nous avons un vécu. On ne sort du néant pour s’improviser maire. On était dans le sillage, on faisait de l’appui auprès des nos prédécesseurs et on a progressivement appris à assumer nos responsabilités d’aujourd’hui. A cela je voudrais ajouter qu’à Faranah, les jeunes, les femmes et même les sages facilitent la tâche à leurs élus. Je pense qu’ils ont dû se dire qu’après nous avoir fait élire, il était de leur responsabilité de nous aider à réussir la mission qu’ils nous ont confiée.

Que diriez-vous de vos tout premiers mois en tant que maire ?

A l’issue de notre installation, nos premières actions ont consisté à faire le diagnostic institutionnel de la mairie, histoire de faire le point. Cela devait en outre nous permettre de savoir ce dont nous avons hérité, quels sont les points forts, quels sont les points faibles et que devons-nous faire pour corriger les insuffisances. A l’issue de ce diagnostic bureau par bureau, nous avons aussitôt convoqué une session pour rendre compte auprès des populations. C’était aussi notre façon de les associer à cette gestion. Il faut préciser que c’était là une de nos promesses de campagne, à savoir faire de Faranah, une commune citoyenne en faisant participer les citoyens du mieux que nous pouvons à la gestion de leur collectivité.

Depuis votre installation, quels sont les changements qu’on peut déjà mettre à votre actif ?

Notre premier chantier, après notre installation, a été la problématique du marché de Faranah. Tous ceux qui connaissent Faranah le savent, nos prédécesseurs et les autorités d’alors, en dépit de tous les efforts, n’avaient pas réussi à convaincre les femmes et plus généralement les commerçants à rentrer à l’intérieur du marché central que le président a reconstruit, et à libérer les emprises et le quartier. C’est donc le premier dossier crucial dont nous avons hérité. Le sujet a d’ailleurs été identifié dès le diagnostic institutionnel dont je parlais tantôt. Nous avons donc dû nous en occuper dès notre installation. Nous avons élaboré des stratégies que nous avons déployées et qui, très heureusement, se sont révélées payantes. En sorte qu’au moment où je vous en parle, nos mamans et tous les commerçants ont accepté de rester à l’intérieur du marché.

L’autre acquis que nous revendiquons avec beaucoup de fierté, porte sur les contrats liant la mairie à un certain nombre de ses partenaires. A l’évaluation, on s’est rendu compte que ces contrats-là, dans leur ensemble, étaient en défaveur de la mairie. Nous nous sommes conséquemment mis en devoir de remédier à ça. En guise d’exemple, je vous parlerais du contrat liant la mairie au syndicat des taximotos. Pour un nombre estimé à 2000 motos, le syndicat ne versait que 500 000 GNF par mois à la mairie. Admettez que le manque à gagner est énorme. Nous avons donc fait appel au syndicat des taximotos pour débattre de la situation. Avec tact et méthode, nous avons réussi à leur démontrer qu’ils devaient consentir davantage d’effort. Et j’avoue qu’ils ne s’y sont pas opposés. Du coup, pour ce premier départ, on a réussi à porter le montant qu’ils doivent verser à 4 000 000 GNF par mois. Parce que de leur côté, ils ont estimé que le nombre de 2000 motos était surévalué. On est donc parti sur la base de 500 motos. Nous avons eu la même démarche vis-à-vis du syndicat des transporteurs. De ce côté, le montant qu’ils versaient préalablement était de 1 200 000 GNF. Lui aussi a été porté à 4 000 000 GNF.

Je voudrais à ce niveau préciser qu’une fois les montants fixés de manière consensuelle, nous avons établi avec tous ces partenaires des contrats en bonne et due forme. Des contrats dont la spécificité c’est que l’argent est versé dans le compte de la mairie à la BCRG. Ils déposent le reçu de versement au receveur qui, en retour tire la quittance pour leur remettre. C’est dire que personne ne touche à la liquidité. Il est donc aisé pour le maire de suivre le mouvement des fonds et l’effectivité des versements. Par ailleurs, ces mesures rassurent les partenaires quant à la bonne gestion des fonds dont ils s’acquittent.

Vous avez également élaboré le Programme annuel d’investissement (PAI). Dans ce programme, quelles sont les priorités sur lesquelles vous avez mis l’accent ?

Avant même de vous parler du PAI, je voudrais souligner qu’à notre arrivée, dans le cadre du diagnostic dont je vous ai parlé, nous avons trouvé un Plan de développement local (PDL) qui datait de 2013. Il était donc caduc. Aussi, dès la première session, les conseillers et tous les citoyens qui avaient pris part à cette dernière, ont proposé qu’un nouveau Plan de développement local de 5 ans soit élaboré. Un nouveau plan qui prend en compte les préoccupations de l’heure. La proposition ayant été jugée pertinente, nous avons fait des délibérations dessus et j’ai pris un arrêté, mis en place un comité de suivi et adressé une correspondance à l’autorité préfectorale, pour solliciter de sa part, l’appui du SPD, par rapport à l’élaboration du Plan. Ils sont actuellement là-dessus. Ils sont notamment passés dans les quartiers et districts pour le diagnostic socioéconomique local. Et même l’analyse des résultats de ce diagnostic est terminée. Il ne reste plus que la programmation que nous comptons faire après la fête. Le choix de cette date étant guidé par la nécessité d’associer les ressortissants qui viendront à l’occasion de la fête de Tabaski.

Maintenant le PAI ?

Même si nous avons hérité d’un PDL caduc, il nous fallait néanmoins disposer d’un PAI pour cette première année. D’autant que nous avions reçu la lettre d’intention de l’Agence nationale de financement des collectivités. Le conseil s’est donc réuni en session extraordinaire pour identifier les actions prioritaires que la commune pouvait soumettre. Des échanges que nous avons eus à l’occasion, il a résulté entre autres constats que l’un des défis majeurs à laquelle la commune urbaine est confrontée, c’est le déficit en matière d’infrastructures sanitaires. Pour une population estimée à 78 108 habitants, il n’y a que deux centres de santé pour 12 quartiers et autant de districts. Des centres tous deux situés au centre-ville. C’est dire que les zones périphériques sont particulièrement désavantagées. Les gens parcourent de longues distances pour avoir les soins primaires. Nous avons conséquemment jugé utile de prévoir un centre de santé moderne pour les quartiers Tonkolonko 1 et Tonkolonko 2. Dans le même ordre d’idées, nous avons prévu un poste de santé dans un autre district. Nous avons aussi prévu une école primaire pour le quartier Faranah Koura. Un quartier qui réclamait justement une école depuis de trop nombreuses années. Le quatrième microprojet que nous avons identifié est une plateforme multifonctionnelle que nous préconisons pour alléger les peines de nos mamans. Elles passent toute la journée dans les champs et ne rentrent que le soir pour ensuite s’atteler à la préparation du repas pour la famille. Avec la plateforme multifonctionnelle, ce que nous envisageons c’est qu’elles soient initiées à des activités génératrices de revenus pour ne pas avoir à dépendre que des pénibles activités champêtres. Outre ces projets, nous avons également identifié d’autres actions que nous comptons financer par des ressources que nous essayons de mobiliser. Mais pour les quatre premiers microprojets que j’ai énumérés, ils sont financés par l’ANAFIC. Je voudrais ici préciser que dans la lettre d’intention *, les engagements de l’ANAFIC étaient à hauteur de 2 365 000 000 GNF. Et les quatre premières infrastructures sont couvertes par ce montant.

L’ANAFIC vous a adressé une lettre d’intention. Pour votre part, vous avez identifié les projets à financer. L’étape suivante, c’est le processus de passation des marchés. A quelle procédure ce processus a-t-il obéi ?

Les actions une fois identifiées, nous avons adressé une correspondance à la préfecture et une autre au SERA (service régional d’appui) qui est la représentation locale de l’ANAFIC. Puis, nous avons recruté un ingénieur-conseil et un Agent de développement local (ADL). Les deux nous accompagnant de leurs expertises – le premier pour notamment les études techniques (qualité du sol, devis, etc.) et le second pour le volet administratif – nous avons pu faire tous les documents que nous avons transmis à Conakry pour financement. Et dès que le PAI a été validé, l’ingénieur-conseil a préparé le Dossier d’Appel d’offres (DAO) que nous avons publié. Les entreprises sont venues acheter les cahiers de charge, ont préparé leurs offres qu’elles ont soumises par la suite. J’ai ensuite composé la commission de passation des marchés. Présidée par un de mes conseillers, elle était composée du secrétaire général, du receveur, de l’ADL et du receveur (en qualité de membres non statutaires), des représentants de la société civile et de ceux des communautés bénéficiaires (présidente des femmes, président de la jeunesse, les bureaux de quartier et du district). C’est ainsi composée que la commission a évalué les offres. Je m’en vais néanmoins relever qu’à son niveau, cette commission ne fait qu’une attribution provisoire. L’attribution définitive est du ressort du maire qui le fait bien sûr en concertation avec les autres conseillers. Mais je dois avouer que quand leur évaluation nous a été transmise, nous avons estimé que le travail avait été correctement fait. Donc, nous n’avons fait que valider. A l’issue de l’évaluation, nous avons adressé des correspondances à tous les soumissionnaires. A ceux qui n’avaient pas eu des marchés, nous avons expliqué pourquoi. A ceux qui en avaient eus, nous avons adressé nos félicitations. Par ailleurs, nous avons fait venir ceux qui relevaient de cette seconde catégorie pour discuter des termes à inclure dans le contrat. Car il fallait être clair dès le départ. Les entreprises étant libres d’opter pour le préfinancement ou pour l’avance de démarrage. C’est une fois tous ces aspects clarifiés que les contrats ont été signés. A tous ceux qui avaient demandé une avance de démarrage, nous avons en retour demandé une caution. Et une fois qu’ils l’ont apportée, ils ont reçu les 30 % et l’ordre de démarrage a été donné. Les délais contractuels sont de trois mois. Enfin, dois-je souligner que tous les contrats ont été enregistrés à l’impôt.

Finalement, dans le processus que vous venez de décrire, quel rôle l’ANAFIC a-t-elle joué ?

C’est un rôle d’accompagnement et d’appui. C’est notamment elle qui nous a suggéré de recruter l’ingénieur-conseil et l’ADL qui devaient nous accompagner dans l’élaboration de nos projets. Parce que ce travail-là requérait des compétences que nous élus, nous n’avons pas. Et au moment où je parle, ce sont ces experts dont le recrutement nous a été conseillé par l’ANAFIC qui font le suivi des chantiers. Ensuite, comme je le disais, les 30 % consentis comme avance de démarrage ont été virés par l’ANAFIC. Une fois qu’on a transmis les procès-verbaux, ils ont procédé aux vérifications nécessaires pour s’assurer de la conformité des procédures, ils ont viré les montants.

Je profite d’ailleurs de l’occasion pour remercier le président de la République pour son initiative consistant à reverser les 15 % des recettes générées par le secteur minier, pour accompagner le développement des collectivités. Cette initiative est une aubaine particulièrement pour nous qui venons d’être élus. Dans la mesure où nous n’avons pas encore des ressources nous permettant d’initier tout de suite de grandes actions. Cette initiative est la meilleure illustration de la volonté du gouvernement à accompagner la décentralisation. Et même en matière de gestion vertueuse des ressources, l’accompagnement de l’ANAFIC est salutaire. Car imaginez qu’à un maire nouvellement élu, on remet les montants dont je parlais, sans aucun accompagnement en termes de conseils, les risques de déperdition seraient très grands. Avec l’assistance et l’accompagnement dont nous bénéficions, ces risques-là sont amoindris et en termes de développement, l’impact pour les communautés est évident.

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